Sôji no hi (le jour du ménage)

Salut !
Jeudi dernier, c’était le jour du ménage au bureau, par decret de moi-meme et d’une collègue (Rieka). Il n y a pas de femme de ménage, et je crois bien que le patron n’avait jamais pensé qu un peu de nettoyage de temps en temps pourrait être utile… pour preuve, son air étonné quand nous lui avons annoncé que jeudi tout le monde etait partant pour faire un grand ménage. “Ah bon, c’est si sale que ca ici ?”
Non, il y a juste des plantes mortes dont les racines s’enfoncent dans les murs, des traces de thé sur la moquette et des emballages vides partout. Sans parler de la cuisine, des canettes recyclées en cendriers et du fait que vous recevez les clients sur un coin de bureau immonde. A par ça, tout roule !

… Nous avons donc tout nettoyé du sol au plafond, taillé les plantes, et mis au placard tout le bric a brac des dizaines de stagiaires fantômes que personne n’a jamais vu (leurs effets personnels s’entassent miraculeusement sur les bureaux libres…). Nous avons aussi mis en place un plan de reboisement du bureau a base de plants de tomates, de menthe et de basilic. Et quand tout ca aura bien poussé, nous ferons le “jour de la pasta”, avec des spaghetti tomate-basilic et des mojitos a la menthe… Jardinage-cuisine, ca fait un peu activité de maison de retraite, mais au moins l’équipe a regagné un peu de motivation (bon OK, mon équipe seulement(les affaires vont pas fort en ce moment !)).

Le dialogue de la semaine :

Patron – Il faut aussi nettoyer mon bureau ?
Rieka – Mmmh… Ce serait mieux, en effet…
Patron (fait un petit carré libre en repoussant son bazar vers les extrémités du bureau) – Et voilà c’est prooooooopre ! Un coup de chiffon et c’est parfait !
Rieka – Uh ? Comment dire… Hum… Euh, bel effort.
Patron – Désolé, c’est ma limite maximale de propreté.
Moi – … Je peux tailler les plantes mortes ?
Parton – Jette. Jette tout, les plantes, les pots, tout.
Moi – Quoi, les pots super design en porcelaine ? Il vaudrait mieux replanter autre chose.
Patron – Oui mais qui va s’en occuper ? Pas moi en tout cas.
Moi – Moi alors. J’arrose déjà les plantes tous les jours, je peux bien aussi en replanter.
Patron – Vraiment, tu ferais ça ? Eh, génial, ce serait vraiment chouette ! Plantons plein de trucs, je veux que ce bureau devienne une vraie forêt !
Moi – … Pourquoi ne pas commencer par des tomates ?
Kobayashi (un collègue) – Et du basilic ! C’est super facile d’entretien.
Patron – Et quand ça poussera bien on se fera des pâtes basilic-tomates !
Kobayashi – On peut aussi planter de la menthe. Ca sentira bon, et on pourra se faire des Mojitos. Je suis sûr qu’on peut trouver tout ça au supermarché, allons-y tout de suite !
Patron – Vous allez vraiment faire tout ça ? Bon, tiens Octopoulpe, voilà pour couvrir les dépenses (10€… vu le prix des légumes au Japon, inutile de dire que ça n’a pas suffi.).
Lana – Ok c’est parti, allons-y !
Rieka – Je viens avec vous !

Et voilà comment nous avons commencé à jardiner au bureau, à partir de tomates – branches de basilic – menthe de supermarché, plutôt que de racheter des plantes en pot qui de toute façon mourraient à nouveau de soif parce que le patron oublierait de s’en occuper. Au moins maintenant tout le monde se réjouit à l’idée de profiter bientôt des fruits de nos efforts, et il y a moins de chance que ces pauvres plantes meurent oubliées dans un coin !
Par la même occasion, vous avez fait la connaissance de mon équipe au complet, à savoir les seuls qui sont là à jours fixes : Rieka et Kobayashi, les deux derniers personnages de mon dessin sur les coupes de cheveux.

Le personnage de la semaine

Kobayashi. Puisque vous entendez parler de lui pour la première fois dans ce post, profitons-en pour faire sa connaissance.
Comme tous les employés de ma boîte, c’est un stagiaire. Il vient au bureau deux jours par semaine en tant que programmeur débutant, mais dans la vraie vie il est étudiant-chercheur en Bioinformatique. Il est fan de Moomin (ce dessin animé passe sur une grande chaîne nationale aux heures de pointes…), il étudie le français à la manière japonaise, c’est à dire en lisant des livres de grammaire et en apprenant des phrases par coeur, et surtout il aime les plantes, ce qui en fait mon successeur tout désigné au poste de jardinier de la boîte…

Mamechishiki

En France, on se plaint parfois d’avoir des infos totalement sans intérêt au JT. Au Japon, en plus du journal météo, plusieurs minutes semblent exclusivement consacrées à montrer le temps qu’il fait dehors.

Présentatrice – … Et nous retrouvons maintenant notre envoyé spécial, Kaze-san ! Kaze-san, il pleut, n’est-ce pas ?
Kaze-san, surexité – Eh oui en effet il pleut ! Comme vous pouvez le constater il y a des gouttes sur la caméra et je porte un K-way ! D’ailleurs regardez, je suis actuellement à la gare de Shinjuku et les piétons ont des PARAPLUIES ! Oui vous vous rendez compte, des parapluies ! Madame, madame un instant ! Puis-je vous interviewer ? Que pensez-vous de cette pluie ?!?
Madame – Eh bien ce matin ma maman m’a dit de prendre mon parapluie, et maintenant il pleut, heureusement que j’ai écouté ma maman.
Kaze-san – … Alors que sur ces images prises il y a 3 heures et 06 minutes, comme vous pouvez le constater, il ne pleuvait pas et d’ailleurs, le thermomètre que je brandissais fièrement affichait 36°C, alors que REGARDEZ ! Maintenant il pleut et il me semble qu’il y a même un petit peu de vent et REGARDEZ ! Ce thermomètre affiche 26°C, nous avons perdu 10°C en 3h07 minutes, c’est EXTRAORDINAIRE, extraordinaire !

Merci Kaze-san en direct de la gare, c’est le Nelson Monfort des jours de pluie. Que ferait-on sans ces interviews essentielles ?

Bonus

Contrairement aux autres dialogues que je traduis tels quels, voici un extrait légèrement modifié de mes échanges par MAIL-SMS de cette semaine.

De : Octopoupe, à : Michael, Objet : Sauvez-moi
Cher Michael-san, il y a un gros nid de grosses guêpes en construction à l’entrée du bâtiment. Je n’ai rien contre les gros, mais vu que cette chose est juste dans l’encadrement de la seule porte d’entrée et que je vais devoir passer dessous plusieurs fois par jour, je me suis dit qu’en tant que responsable de la résidence vous pourriez faire quelque chose.
Signé : Un poulpe mort de trouille

De : Michael, à : Octopoulpe, Objet : Nos excuses les plus plates
Cher Octopoulpe-san, nous avons aspergé la zone de poison il y a quelque temps et attendons que cela fasse effet. Je me prosterne devant vous à l’idée des problèmes que nous avons pu vous causer.

De : Octopoupe, à: Michael, Objet : Si c’est là demain je sors pas de chez moi
Cher Michael-san, est-ce que ces horreurs auront disparu demain ? Sinon, jusqu’à quand dois-je rallonger mes congés pour ne pas avoir à sortir de chez moi pour aller au boulot ?

De : Michael, à : Octopoulpe, Objet : Nos excuses se prosternent aussi
Cher Octopoulpe-san, je crains fort qu’il n’y ait pas de changement d’ici demain. Je n’ai pas de mots pour décrire mon état de désolement.

De : Octopoulpe, à : Rieka, Objet : Crêpes party
Rieka, à propos de la crêpe-party de demain soir. Le staff de ma résidence a fini par enlever le nid de guêpes en entier au lieu d’utiliser du poison périmé. Malheureusement les guêpes ne l’entendent pas de cette oreille et continuent à tourner autour des boîtes aux lettres et à s’asseoir sur le pas de la porte en ricanant.

De : Rieka, à : Octopoule, Objet : Je passe mon tour
Il n’y a rien de plus dangereux et détestable qu’une guêpe. Je crois que je vais rester chez moi. Amusez-vous bien.

De : Octopoulpe, à : Michael, Objet : Dommage, essaie encore
Cher Michael-san, merci d’avoir enlevé le nid de guêpes l’autre jour. J’ai cependant le regret de vous informer que qu’il est en cours de reconstruction et que ses habitantes ne se gênent pas pour venir faire la fête autour de nos fenêtres.

De : Michael, à : Octopoulpe, Objet : Les fêtes sont interdites après 22h00
Cher Octopoulpe-san, cette fois, j’en fais une affaire personnelle. Nous allons définitivement éradiquer cette peste volante, l’expulser au karcher de son squat illégal et mettre des pièges partout.
Signé : un sarkozyste

Si vous vous demandez pourquoi tant de haine envers de malheureuses guêpes, sachez que les guêpes japonaises ne doivent pas faire loin de 10cm de long, et sont réputées pour leur agressivité et leur venin qui tue des chatons (accessoirement elles tuent aussi plusieurs dizaines de personnes chaque année, mais les chatons c’est plus mignon donc j’espère que vous êtes choqués)…

PS: mon concierge n’est pas sarozyste en vrai, mais je vous ai prévenus que les dialogues n’étaient pas exactement fidèles à la réalité…
PPS: par contre j’ai vraiment signé “A l’aide, je suis morte de trouille”. Et si mes guêpes sont assises sur le pas de la porte, c’est parce que je ne sais pas dire “posées” en japonais.

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2 Responses to “Sôji no hi (le jour du ménage)”

  1. Marino Says:

    J’AIME trop LA météo !! 😀

  2. Tante Says:

    J’m trop tes guêpes mais là où elle sont! mais non pas assises sur ton pas de porte mais au Japon. Whaouh ! super courageuse ma nièce quand tu sais qu’elle a grimpé sur une chaise quand elle a entendu le mot “souris”. j’te biz ma cherie et continue à nous faire vivre tes épiques aventures


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